Katayoun Rouhi  

Galerie Taïss, PARIS

« Une femme et un homme, tous deux nés en Iran dans les années 60, exposent leurs peintures et sculptures à la galerie Taïss. Leur enfance est marquée par la chute de la monarchie du Shah en 1979 et l’établissement par l’Ayatollah Khomeiny de la république islamique. Epoque trouble durant laquelle un régime conservateur remplace un régime dictatorial. Katayoun Rouhi a quitté son pays natal à 17 ans pour partir étudier à l’Ecole des Beaux Arts de Paris, sur les pas des grands maîtres. Sa série des Arbres exposée à la galerie a remporté un vif succès lors des dernières ventes aux enchères Sothebys à Doha en décembre dernier. Son livre « L’ontologie du lieu », une interrogation sur l’acte de création, vient de paraître aux éditions L’Harmattan. Kambiz Sabri a choisi de rester à Téhéran où il agit en tant que sculpteur, designer et professeur. Il participe à de nombreuses expositions et biennales et a coordonné le pavillon iranien à la 51e Biennale de Venise.

La Galerie Taïss accueille ces deux artistes pour une confrontation de leurs oeuvres. Au premier abord, peu de choses les rapprochent. Pourtant, lorsque le regard pénètre leurs œuvres, les symboles apparaissent et se dévoilent alors une quête semblable : celle du savoir. Kambiz Sabri regarde le monde avec détachement pour mieux le connaître et le comprendre. Les mouvements des matelas sculptés qui accueillent des individus groupés ou solitaires, symbolisent ces vallées que l’homme, selon la philosophie Soufi, doit traverser pour accéder à la vérité et ainsi découvrir son moi profond. Les peintures de Katayoun Rouhi représentent cette quête de soi qui passe par l’introspection et nécessite de vivre en osmose avec la nature. Tout deux parlent de manière symbolique. Tous deux ont le même objectif, la plénitude.

Les peintures de Katayoun Rouhi représentent une jeune fille face à un arbre ou s’avançant dans une allée en direction d’une lumière lointaine. Un poème persan composé par l’artiste recouvre les figures. Rédigé à l’envers, il ne peut être lu. La signification se dissimule derrière le signe comme pour signifier l’importance des propos sous-jacents, de l’allégorie. « Pendant la répression, la poésie permettait de dire beaucoup de chose », précise l’artiste. La figure de l’enfant, mélange de la fille de l’artiste et d’elle même enfant, est représentée de dos, permettant ainsi de s’y identifier. Elle devient alors une figure générique, atemporelle. L’arbre symbolise lui aussi la quête d’identité. Est-ce l’arbre de la vie, l’arbre du savoir, l’arbre généalogique, l’arbre cosmique ? « Tout le monde peut y voire ce qu’il veut. Mais dans la poésie persane, il est un point de repère. Et dans mon enfance, on s’orientait dans la nature à partir des arbres qui ponctuaient le paysage ». La facture classique de ses peintures se confronte à une représentation surréaliste. L’artiste peint son inconscient. Et à l’image des calligraphies persanes, la perspective a disparu. La nature, l’écriture, l’humain, le fond monochrome, la ligne blanche et la jeune fille sont traités sur la même échelle, comme pour représenter l’unité recherchée.
En répétant depuis quatre ans le même poème, en dessinant depuis quatre ans ces mêmes figures, l’artiste accentue la dimension spirituelle de cette série par l’aspect incantatoire dans la forme et dans l’idée.

Face aux peintures de Katayoun Rouhi qui invitent à l’introspection, les sculptures de Kambiz Sabri ouvrent sur le monde. Des dizaines d’individus se dressent sur un matelas démesurément grand. Certains sont en groupe, d’autres solitaires, tous paraissent semblables. Mais plus le regard se rapproche, plus les différences se révèlent. Dans ce groupe uniforme se distingue des attitudes. La majorité d’entre eux est immobilisée dans l’attente d’une action qui n’arrive pas. D’autres s’avancent pour agir. Ces œuvres sont a appréhendée telles des métaphores du monde actuel. Elles jouent sur les contradictions. Elles invitent aux allers-retours entre le proche et le lointain, entre la vision de la masse et celle du particulier, entre l’espoir d’un monde harmonieux contrecarré par le désir de domination d’un groupuscule dissimulé hors de la représentation. Ces mêmes oppositions se retrouvent dans la réalisation. Les formes stylisées se confrontent à des représentations précises, le symbolique au réalisme.
Se dessine alors une deuxième grille de lecture, plus violente, plus critique. La fragilité de la matière moelleuse s’est faite pierre. La légèreté apparente se fait juge. Une tension est évidente. « Je rêve du jour où les guerres et les conflits laisseront place à des fêtes lumineuses et joyeuses, où l’expression collective deviendra sacrée. » Kambri Sabri imagine cette béatitude, contrecarrée par les conflits engagés pour dominer, par ce désir de s’affaler tel un empereur romain profitant de délices tout en envoyant son armée à la mort.

« La philosophie iranienne est basée sur l’apparent et le caché. Ce que tu vois doit renvoyer à quelque chose d’invisible qu’il faut révéler », explique Katayoun Rouhi. Les créations de ces deux artistes sont emprunt de cette culture. Leurs propos se dissimulent derrière la forme. À chacun d’entre nous de soulever le voile. » - Aude de Bourbon Parme

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